Six heures du matin, les moniteurs se lèvent, l’un s’isole dehors avec un café, l’autre attaque son petit déjeuner. Les yeux embrumés, les opérateurs descendent un à un au rythme des douches ou du réveil. Certains ont besoin d’un petit rappel pour ne pas être en retard.
Presque tous sont calme dissimulant leurs inquiétudes de cette journée à venir, certains moins, sont plus expressif.
Sept heure quarante-cinq, le groupe s’engouffre dans le camion, le GPS trace le chemin du gîte à l’ESAT de Verdelais. Les opérateurs n’ont pour l’instant pas la chance de voir le paysage, la brume épaisse et le soleil toujours couché rajoute du mystère à la destination.
Pas un mot ne sort de leur bouche.
Le camion s’engage sous un viaduc en pierre et entame la montée vers le coteau, le profil des vignes se dessine dans le brouillard. L’accueil se fait d’abord par le conseiller d’insertion qui nous dirige vers les chais de Château Lescure.
C’est le moment, les deux équipes se rencontrent enfin. Tout le monde est convié pour un petit déjeuner collectif pour mieux se connaitre. Tout de suite certains se démarquent par leur habileté à communiquer avec des inconnus, d’autres sont plus timides. Les moniteurs échangent sur leur région d’origine et rapidement les conversations s’orientent vers le travail.
Les deux moniteurs viticoles convient donc après ce petit déjeuner, à la visite du chai. Château Lescure est un domaine datant de la fin des années 1920, début 1930. Ce château de style art déco est un bâtiment de taille moyenne fait de béton armé, en son sein se cache en premier l’accueil qui fait office de salle de dégustation, il s’y trouve également quelques panneau de contrôle des températures relié à des webcams pour une surveillance 24h/24h, un mur est dédié aux nombreuses médailles gagnés lors de concours aux 4 coins de la France que les opérateurs viticoles défendent avec leurs moniteurs, plus loin derrière les palettes remplis de bouteille attendant l’étiquetage, se trouve une pièce derrière une grande baie vitrée où sont entreposées une bouteille de chaque vin et de chaque millésime, la mémoire de Château Lescure.
C’est donc par ici que la visite commence.
Le groupe se dirige vers la gauche, derrière une grande porte où se cache le cœur du château, le chai.
C’est l’endroit où le raisin est pressé puis mis en fermentation. Dans ce dédale d’inox, tout est pensé pour être pratique et optimisé comme par exemple les rampes des passerelles, les gardes corps de tout le chai ont aussi le rôle de tuyauterie où circule l’eau qui aide au maintien des températures des cuves.
Une fois au milieu du chais, les opérateurs assistent à une opération de relevage. Cela consiste à faire passer le jus du bas de la cuve vers le haut pour soit, oxygéner dans le cas actuel, soit remouiller le mout qui est en suspension en haut de la cuve. La cuve est donc en train de se vider dans une immense bassine où un opérateur viticole plonge une pompe qui se chargera de remonter le jus.
Le jus tourbillonne dans la bassine et dégage une forte odeur de fermentation, les opérateurs espaces verts assistent à cette opération quotidienne avec admiration où dégout pour certains aux vues de l’odeur et surtout de l’heure qu’il est. Ça y est, l’odeur du vin arrive au nez de tous.
Sur les caillebotis du premier niveau, les opérateurs peuvent passer la tête dans la cuve qui est éclairée pour voir l’opération de relevage se continuer, le tuyau recrache ce que la pompe absorbe du bas de la cuve.
Derrière cet alignement de cuves, deux rideaux de fer permettent l’accès à l’extérieur. Ses accès permettent aux opérateurs viticoles de transférer le raisin vendangé dans la presse pneumatique par l’effet de la gravité. Des systèmes de chariot sur rails facilitent également le transport sur les caillebotis.
L’équipe viticole et espaces verts profitent de l’ouverture du rideau de fer pour sortir du chai et quitter cet air enivrant pour arriver sur une partie du vignoble.
Le paysage est à couper le souffle. Le soleil s’est levé dissipant peu à peu la brume qui entoure le pied des vignes laissant vue sur les coteaux vallonnés aux alentours du château. Les deus équipes pénètrent à nouveaux dans un bâtiment attenant et descendent dans la cave ou sont entreposés des futs de bois où le vin est mis à vieillir, cette partie du château sert également de petit musée où de vieux outils viticoles sont exposés. Tout le monde ressort de la cave et c’est donc sous le soleil que les deux équipes continuent la visite, la partie préférée de tous, les machines.
Plusieurs tracteurs de taille et d’utilisation variés sont présentés, ce qui frappent les espaces verts, c’est la taille des tracteurs, entre un mètre dix et un mètre quarante de large en fonction des rangs de vignes. Certains ont même des cabines pressurisées pour se protéger des produits phytosanitaires. Des outils sont également présentés, l’effeuilleuse, plusieurs outils inter-ceps pour désherber, biner, etc… Le château Lescure fait parfois appel à des enjambeuse, tracteurs très haut qui permettent de passer par-dessus les rangs de vignes. Viens ensuite le tour des bennes ou tombereaux, bennes de forme trapézoïdale avec une vis sans fin en son fond pour, à la fin aider au vidage du tombereaux. Ces mêmes bennes sont également capables de se lever de plusieurs mètres de hauteur à l’aide d’un système hydraulique relié au tracteur pour vider plus facilement au quai de chargement du chais.
Un des outils principal du viticulteur, le sécateur ou encore l’épinette sont également présenté aux opérateurs espaces verts. Les sécateurs sont à batteries portés pour les travaux de de tirage du bois et des travaux de tailles. Quant à l’épinette, elle sert à la récolte ou le tri du raisin.
Les deux équipes se déplacent vers le local phyto, ils présentent les balances pour les pesées de traitements, le malaxeur pour mélanger et les cuves de préparations. Tout le système est relié à l’eau de pluie ainsi que des cuves de récupération des eaux souillées. Une odeur soufrée se dégage, témoignant de l’utilisation de la fameuse bouillie bordelaise qui, si elle est originaire de la région, n’en est pas pour autant un plat traditionnel.
Il est environ onze heure quarante-cinq quand le conseiller d’insertion nous rejoins pour nous faire visiter la partie conditionnement et lingerie de l’ESAT. L’ESAT est situé quelques centaines de mètres plus bas sur le coteau. Il est constitué d’une petite maison de maitre abritant les locaux administratif, accolé, se trouve le self, lumineux entouré de baies vitrées donnant vue sur une pergola pour s’abriter lors des fortes chaleurs. Les ateliers quant à eux se trouvent sur la périphérie de la maison, les opérateurs y parcourent un long bâtiment où se trouvent plusieurs ateliers de conditionnement y compris celui des bouteilles de vins, une petite blanchisserie à taille humaine avec des machines à laver traversante, un coté pour entre le linge sale qui ressort propre de l’autre côté, la place y est optimisée. Les ateliers espaces verts eux, sont au village un kilomètre plus bas, le groupe n’a pas le temps pour s’y rendre aujourd’hui. Un peu plus loin se trouve le foyer, coloré, doux. En face, des appartement relais pour ceux qui souhaite accéder à l’autonomie à leur rythme. Ses charmants lieux de vie ont vu sur la ferme pédagogique, entretenue par les occupants du foyer occupationnel, où se déroulent également des séances de thérapie animalière.
A treize heures, il est temps de passer à table, lavage des mains et l’ensemble se met à faire la queue pour le self. Le moment pour les opérateurs et les moniteurs d’échanger à nouveaux dans un cadre plus posé. Les repas sont élaborés et cuisinés sur places, un chef encadre plusieurs opérateurs cuisinier et assure jusqu’au service des plats. Une fois le repas terminé, les opérateurs doivent séparer les déchets organiques du reste dans des poubelles dédiées et mettre les couverts et les assiettes dans des bacs de trempe pour faciliter le travail à l’équipe de nettoyage.
Vers quatorze heures, l’équipe viticole retourne aux vignes car il y du boulot pendant que les espaces verts s’apprêtent à découvrir leur première activité culturelle.
Le camion sillonne les petites routes du coteau de Verdelais en direction de Sainte croix du Mont pour y observer un site géologique remarquable.
L’équipe se gare à la Basilique Notre dame de Verdelais qui offre un point de vue remarquable sur les coteaux AOC de Sainte croix où la spécialité est un vin liquoreux ainsi que la Garonne. Sur la droite, le château de Taste, imposant avec ses allées bordées de platanes. Une fois la vue admirée, le groupe commence à descendre le long de la falaise de calcaire aux huitres, curiosité géologique datant du Burdigalien, une aire géologique vieille d’environ vingt millions d’années, l’époque où l’océan recouvrait encore cette partie du continent. Un dédale de marches et de terrasses aménagées par l’Homme permet aux opérateurs d’observer cette falaise faite de calcaire et d’huitres fossilisées par millions.
Plus bas sur la falaise, une grotte elle aussi de calcaire et d’huitres fossilisées se trouve sous le château de taste, le moment pour les opérateurs de prendre la pose.
Le groupe continu de descendre la falaise pour arriver sur un chemin de randonnée faisant le tour de la falaise, du château pour ensuite descendre droit vers le village. Il est temps de remonter vers la Basilique, c’est là que les opérateurs se sont rendus compte de ce qu’ils venaient de descendre… l’équipe remontera au droit à travers le bois sous le château dans un chemin de terre bordé de source rendant le chemin glissant et boueux, ce qui ne manquera pas d’en faire râler un du groupe avec de belles baskets blanches.
Une fois arrivés en haut, les mollets des opérateurs endoloris et le front en sueur, il est temps de se diriger Vers Langon pour faire les courses d’une partie de la semaine.
Langon est une petite commune bordant la Garonne situé entre le domaine des Graves et l’entre deux mers.
Arrivé au super marché, la liste entre les mains, l’équipe envahissante, dans les rayons tente de se faire discrète, en vain. Une fois l’équipe éparpillée dans le magasin, le caddie se remplit et enfin le moment du passage en caisse.
« Hé merde on n’a pas pensé à prendre des sacs ! »
De retour au gîte, tout le monde range les courses avant de s’octroyer un temps calme pour chacun.
Arrive l’heure de la préparation du repas, ce soir c’est pizza maison. Deux opérateurs s’attaquent à la fabrication d’un kilo de pate à pizza, le pétrissage fait mal aux bras mais la pâte a l’air délicieuse. Pendant que la levure fait son travail, d’autres viennent émincer champignons, tomates, poivron, mozzarella et charcuteries. Il y aura quatre pizzas pour que chacun soit satisfait du goût, les opérateurs espaces verts prennent vraiment plaisir à cuisiner avec leurs moniteurs. Mêler le ludique aux goûts, odeurs et couleurs fût une réelle réussite.
Le temps de la cuisson est propice aux discutions et revenir sur la journée passée.
La table est mise, les pizzas coupées et c’est le moment de déguster. Quatre fromages, chorizo peppéroni, olives noires, chiffonnade de jambon, tout le monde y trouve son compte. Etrangement tout le monde est calmé ou calé. C’est au tour de deux autres opérateurs de faire la vaisselle pendant que les autres digèrent dans le canapé devant un téléfilm ou réfugié dans leur smartphone.
Comme hier, vers vingt-trois heures, au fur et à mesure la pièce de vie commune se vide, les derniers, les moniteurs préparent le café pour le lendemain.
Extinction des feux.


















